RCA, 8 mars 2019 : Pour que la paix s’écrive aussi et enfin au féminin

Et si nous écrivions aussi, et pour la première fois de notre histoire, la paix au féminin ? Et si c’était là une condition de la réussite et un gage de la paix durable dont nous rêvons et qui paraît si désespérément inaccessible ?

Telle est ma conviction.

Écrire la paix au féminin, cela implique d’abord la pleine reconnaissance des souffrances infligées aux femmes pendant cette crise : viols, esclavage sexuel, violences de toutes sortes, pénibilité d’une vie où la femme doit assumer seule la responsabilité de la survie de la famille, dégradation des conditions de vie et des conditions sociales, prostitution accrue, etc. Cette reconnaissance passe par la libération de la parole, par l’accès au statut de victime, voire même de victime spéciale puisque la femme est une personne particulièrement vulnérable dans le conflit, par la lutte contre l’exclusion des femmes victimes de la société et pour leur réhabilitation sociale, ainsi que par la justice et la réparation.

Cette reconnaissance est due aux femmes victimes par la Nation, et donc d’abord par les autorités qui agissent en son nom et pour son compte, du Président de la République au maire ou chef de village et de quartier, en passant par les députés, les membres du gouvernement, l’administration centrale, les représentants de l’Etat dans les territoires (préfets, sous-préfets, etc.).

Mais la Nation c’est aussi nous tous, et chacun de nous, citoyennes et citoyens. Il nous appartient de rendre cela possible dans la vie quotidienne.

Écrire la paix au féminin, c’est aussi de faire place, pour construire les voies de la sortie de crise et finalement de la paix, au génie et au savoir-faire féminin en matière de résolution des conflits, de cohésion sociale dans les groupes à commencer par la famille, ainsi que d’éducation à la responsabilité. Inspirer notre réaction collective, celle de l’Etat, de celle d’une mère dans les deux situations dramatiques suivantes : d’un côté, une mère dont les enfants sont agressés par des étrangers, chez qui se réveillera l’instinct de protection ; d’un autre côté, une mère dont l’un des enfants a agressé ses frères et sœurs en leur faisant subir les pires sévices, y compris jusqu’à la mort, qui se trouvera dans l’impérieuse obligation de concilier juste châtiment et pansement des plaies causées, tout en s’attelant à la dure tâche du réapprentissage de la fraternité.

Voilà une voie. Elle n’est sans doute pas la seule. Mais elle ne saurait être plus longtemps ignorée. Et, pour qu’elle ne soit pas ignorée, il n’y a pas meilleure solution encore que d’impliquer les femmes elles-mêmes dans la construction de ces voies de sortie de crise et dans leur mise en œuvre.

Ceci doit être le combat non seulement des femmes mais de nous tous, citoyens de Centrafrique.

Jean-François Akandji-Kombé

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