CENTRAFRIQUE – Lettre aux jeunes patriotes : refusez ou renoncez à la facilité de la division du corps national

Mes chers jeunes patriotes Centrafricains,

Vous êtes nombreux en qui brûle la flamme de l’engagement : sauver notre patrie, ressusciter l’Etat disparu que nous avons en partage, retisser la nation désarticulée qui est nôtre. Faire cesser un certain mode de gouvernance, corrupteur et prévaricateur, rompre avec le malheur, s’élancer vers un nouvel horizon où pourront prévaloir la dignité des nôtres, le respect de la vie, notre souveraineté sur notre terre et sur nous-mêmes, l’élancement de nous mêmes vers le développement et, pour tout dire, vers le bonheur, sans oublier une certaine marche vers la grandeur, celle à laquelle tout nous prédispose mais que les mauvais génies de ceux qui, sans mérite, nous ont gouverné jusqu’alors ont réduit à leur échelle, médiocre. C’est, si j’ai bien compris, ce qui vous anime, jour après jour.

Vous ne pouvez imaginez combien, moi et d’autres, qui ne sommes plus des vôtres, nous nous en réjouissons, pour notre pays. Cette flamme n’a jamais, il est vrai, quitté notre pays, que ce soit au temps d’exécution du projet colonial d’asservissement ou à l’ère de ce qu’on se complaît encore à appeler indépendance. Mais, et c’est ma conviction, elle n’a jamais été aussi ardente qu’aujourd’hui, ni mieux située dans le cœur de notre énergie collective, à savoir la jeunesse, une jeunesse désormais plus que majoritaire.

Vous mêmes, jeunes patriotes, en avez de plus en plus conscience. J’entends, nous entendons, vos voix qui sont interpellations ardentes, réclamations brandies, protestations tantôt époumonées tantôt silencieuses. J’entends, nous entendons votre exigence forte, à la force d’une lame de fond : « vous avez échoué, place à nous pour le relèvement », « c’est notre tour », « le pouvoir à la jeunesse ». Et vous, à la suite de cela, d’encenser celui-ci, celui-là, voire vous-même, comme étant le champion de cette jeunesse et le promis au pouvoir de la jeunesse. Et vous, en accord à cela d’appeler à la constitution de cette force de la jeunesse, intransigeante et exclusive.

De là où je suis, c’est-à-dire à quelques encablures d’années devant vous, je m’en réjouis encore. Car, mon avis est que pour parvenir au bon, pourquoi pas au meilleur pour nous, nous avons besoin, au point où nous en sommes, d’intransigeance, de radicalité et même d’une certaine forme d’exclusivité qui serait préférence de nous mêmes. Et nous avons besoin d’une jeunesse qui ne recule pas devant les responsabilités, et qui soit prête à les assumer … avec responsabilité.

Mais, dans le même temps, je ne peux m’empêcher de vous le dire, simplement : méfiez-vous de vous mêmes. Méfiez-vous de ne pas commettre l’erreur commise par vos aînés. Une erreur différente, certes, dans la manière où elle se présente, mais une erreur qui serait de même nature que les précédentes : celle de nous diviser, pire, de diviser notre nation.

Notre nation, elle est une. Notre nation, elle n’est une que parce qu’elle rassemble. Parce qu’elle unit le visible, nous mêmes les vivants, et l’invisible, ceux qui nous ont précédé sur cette terre et qui ne sont plus mais aussi ceux qui viendront demain et formeront les générations futures de Centrafricains. Parce qu’aussi, dans notre monde de vivants, elle unit de celles et ceux qui sont au berceau ou sur le dos de leurs mères jusqu’à ceux qui sont au final de la vie et au bord de la tombe, en passant précisément par vous, jeunes patriotes que vous êtes.

Vous ne pourrez jamais exercer un pouvoir bénéfique pour notre terre en négligeant cette vérité première sur nous mêmes, voire en la récusant.

Voilà ce que je suis venu vous dire aujourd’hui : maintenez et alimentez la flamme de l’engagement, aiguisez votre appétit de responsabilité, mais, mais, mais, de grâce, exigez de vous mêmes le dépassement, pour vous hisser à la hauteur de la totalité centrafricaine, et en acceptant d’accéder à la conscience que vous ne serez jamais qu’un segment de ce tout.

Votre grandeur sera dans cette humilité. Faute de quoi vous ne serez guère que des diviseurs de plus. Une nouvelle génération, mais une génération de continuateurs de l’œuvre qui a tué notre Etat, désarticulé notre nation, et livré le tout à des faiseurs de notre malheur collectif, alliance de médiocres et cupides nationaux et étrangers.

C’est à cette condition et à ce prix que je crois en vous, jeunesse patriotique.

Que triomphe votre lutte, notre lutte.

Jean-François AKANDJI-KOMBÉ, un aîné parmi d’autres

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