Centrafrique – Protégez la population civile ! Une organisation citoyenne interpelle le Conseil de Sécurité et les autorités centrafricaines

Citoyens Debout et Solidaires – Centrafrique (CDS-CA), lors de sa réunion du 24 novembre 2018, constatant la recrudescence des massacres en RCA, avait pris la décision d’interpeler les autorités et institutions chargées de la protection de la population civile en République Centrafricaine. Une première lettre d’interpellation a été adressée au Conseil de sécurité de l’ONU le 13 décembre. Une deuxième lettre vient d’être adressée ce 22 décembre aux trois premières institutions constitutionnelles de RCA, à savoir le Président de la République, le Président de l’Assemblée Nationale et le Premier Ministre.

Citoyens Debout et Solidaires – Centrafrique, qu’est-ce que c’est ?

Citoyens Debout et Solidaires – Centrafrique (CDS-CA) est un rassemblement de citoyens. Unis par le rejet de l’horreur que vit quotidiennement la République centrafricaine et ses populations civiles depuis 2013. Unis aussi par notre volonté de ne pas laisser oublier qu’il se commet au centre de l’Afrique et au coeur du monde les crimes les plus abominables, sur des êtres humains. Unis encore par le désir d’aider, et de faire aider, les femmes et les hommes, des enfants aux vieillards, victimes des exactions quotidiennes des groupes armés. CDS-CA est constitué en association. Pour en savoir plus, aller sur le site internet de l’organisation.

Les lettres d’interpellation…

LETTRE AU CONSEIL DE SÉCURITÉ DE L’ONU (13.12.2018)

Citoyens Debout et Solidaires – Centrafrique (CDS-CA)

À l’attention de

Monsieur le Président en exercice du Conseil de Sécurité des Nations Unies 

New York, USA

Le 12 Décembre 2018

Objet : Interpellation citoyenne sur la protection des populations civiles en République Centrafricaine

Monsieur le Président, 

Prière communiquer aux membres du Conseil de Sécurité la présente interpellation concernant la protection de la population civile en République Centrafricaine contre les attaques et exactions des groupes armés.

Mesdames et Messieurs les Éminents Représentants des États membres du Conseil de Sécurité,

Vous n’êtes pas sans savoir que les attaques des groupes armés contre la population civile se sont multipliées ces derniers mois sur le territoire de la République Centrafricaine, notamment à Batangafo, à Alindao, à Bambari, à Kongbo, à Gbambia, à Koui, pour ne citer que ces villes.

Le scénario est à chaque fois sensiblement le même. Le groupe armé annonce ses objectifs plusieurs jours, voire plusieurs semaines à l’avance, ou effectue des préparatifs militaires de renforcement de ses capacités sur la zone qu’il envisage d’attaquer, dont par exemple l’acheminement de renforts à travers le pays, et ceci sans qu’aucune mesure de dissuasion ne soit prise par la MINUSCA (par ex. mesures d’alerte précoce, patrouilles rapprochées autour des sites etc.). Le jour choisi par le groupe armé, l’attaque est menée, avec pour cible principale un site de personnes déplacées, généralement installé par et auprès des missions catholiques ou évangéliques, et dont on sait qu’il héberge des populations chassées de leurs domiciles et de leurs terres par des attaques précédentes, populations civiles démunies de tout et en situation de précarité absolue ; des attaques qui, à chaque fois, sont d’une violence et d’une bestialité sans pareille : sites brulés et pillés, personnes de tous âges abattues, égorgées ou brulées vives, des rescapés traumatisés errant dans les brousses et forêts, exposés aux dangers que peut représenter la nature pour des individus déjà particulièrement vulnérables. Au moment de ces attaques, les contingents de la MINUSCA sur place restent cantonnés à leurs bases sans intervenir, l’argument invoqué étant que le contingent n’est pas attaqué en tant que tel. 

Nous constatons qu’il n’est dit nulle part dans la Convention d’engagement que le contingent n’intervient que dans les cas où il est attaqué.

Dans certains cas, comme celui d’Alindao où l’attaque était le fait de l’UPC commandé par Ali Darassa, le contingent de la MINUSCA, ici le contingent mauritanien, n’intervient que pour faire cesser les attaques des Anti-Balakas (autodéfense autochtone) menées en représailles. À cela s’ajoute le fait que les Forces armées centrafricaines, dépourvues, selon le gouvernement, de tout moyen de riposte militaire du fait de l’embargo pesant sur le pays, n’ont pas été déployées là où se profilait une menace sur la population civile et, partant, ne sont pas intervenues pour faire cesser les attaques.

Le bilan des attaques de ces dernières semaines est ainsi estimé à plusieurs centaines de personnes tuées, à des dizaines de milliers de personnes déplacées, et à plus d’une dizaine de sites et de villages pillés et rasés, le plus souvent par le feu.

En avril 2014, la Résolution 2149 (2014), portant initialement création de la MINUSCA, fut saluée de toutes parts comme une mesure salvatrice au drame humanitaire et sécuritaire qui se déroulait alors depuis un (1) an en République Centrafricaine. Cette Résolution proclamait, à travers la décision des représentants des Etats membres que vous êtes, une volonté de la communauté internationale d’enrayer une spirale de violence et de venir au secours de populations alors menacées de « génocide ».

Mi-avril 2014, nous comptions nos morts par centaines, les victimes du conflit par milliers, 169.806 Centrafricains réfugiés hors du territoire et 628.500 déplacés internes étaient enregistrés. 

Aujourd’hui, nous continuons de compter nos morts par centaines, les victimes par millions, 574.638 Centrafricains réfugiés hors du territoire et 642.842 déplacés internes sont enregistrés.

Si les morts ne parlent pas, les chiffres, eux, le font. Ce qu’ils disent et que nous soulignons, c’est que, bien que les représentants de la MINUSCA se félicitent régulièrement de leurs actions, jusqu’à ce jour, dans l’ensemble, la présence de cette force n’a nullement contribué à une amélioration de la situation sécuritaire en République Centrafricaine. Et nous – Citoyens Debout et Solidaires-Centrafrique – parlons aujourd’hui également pour ceux d’entre nous qui sont morts et ceux qui sont encore vivants.

Le contexte et le bilan ci-dessus rappelés (sans oublier les autres villes rasées ailleurs dans le pays dans la même passivité), outre qu’ils révoltent la conscience, amènent légitimement à douter que la réelle volonté de la Communauté internationale soit d’aider la République Centrafricaine à sortir de la crise actuelle, que l’objectif de l’action des forces internationales en Centrafrique réunies dans le cadre de la MINUSCA soit véritablement de protéger (la protection étant active et non acte passif)  les populations civiles, et que l’action visant à faire cesser les violences soit véritablement impartiale à l’égard de tous les groupes armés.

La bienveillance d’une aide ne se proclame pas, elle se démontre par des choix, par des actes et à travers des résultats tangibles qui en fournissent l’évidence. L’aide véritablement bienveillante ne saurait se résumer à des choix conscients de transposer les foyers de violence et de menace des populations d’une localité ou région de Centrafrique à une autre, à des choix délibérés d’abandonner des millions de Centrafricains telle une monnaie d’échange à la merci des groupes armés dans un conflit d’intérêts, à des choix qui, somme toute, en dépit des montants colossaux investis par vos Etats, réduisent l’aide à une mesure d’intervention internationale purement cosmétique et, in fine, immorale.

Le Conseil de Sécurité, responsable des mesures de maintien de la paix et de la sécurité internationale en République Centrafricaine ne saurait, face une telle situation catastrophique, rester inerte, sauf à assumer la lourde responsabilité de voir les populations décider de prendre en charge elles-mêmes leur protection, compromettant par là même le rétablissement de l’autorité de l’État, et sauf à vouloir aboutir à une guerre civile  généralisée qui embrase la sous-région. De fait, la nécessité et la légitimité que l’on a reconnues en 2013-2014 à la protection d’une communauté menacée dans sa vie et dans ses biens dans la capitale Bangui vaut aujourd’hui, en l’absence totale de capacité de protection par l’Etat centrafricain, pour la quasi-totalité de la population sur l’ensemble du territoire.

C’est pourquoi, nous, citoyens centrafricains réunis dans la plateforme dénommée « Citoyens Debout et Solidaires – Centrafrique (CDS-CA) », appelons par la présente le Conseil de Sécurité de l’Organisation des Nations-Unies à prendre de manière urgente et déterminée les mesures qui s’imposent pour que les Résolutions qu’il prend soient véritablement suivis d’effet sur le terrain, notamment en ce qui concerne la protection des populations civiles.

C’est dans cet esprit que nous, citoyens centrafricains réunis dans la plateforme dénommée « Citoyens Debout et Solidaires – Centrafrique (CDS-CA) », recommandons au Conseil les mesures suivantes, sans préjudices d’autres mesures qu’il jugerait utile de prendre ou d’actions qu’il estimerait nécessaire d’entreprendre :

  • Clarifier, dans la Résolution renouvelant la MINUSCA, le mandat de celle-ci s’agissant de la protection civile. Le mandat actuel, issu de la Résolution 2387 (2017), est énoncé de la manière suivante : « prendre des mesures actives (…) pour anticiper, écarter et répondre efficacement à toute menace grave ou crédible à l’encontre de la population civile et, à cet égard, améliorer les systèmes d’alerte précoce, tout en maintenant un déploiement préventif et une présence mobile, flexible et robuste, et en organisant des patrouilles actives, en particulier dans les zones à risque ». Bien que ces termes paraissent clairs, les circonstances des attaques rappelées plus haut rendent nécessaires qu’ils soient précisés et, sans doute, qu’ils soient plus détaillés. Car nous constatons que la Convention d’engagement n’a pas été exécutée dans tous les cas évoqués. Nous recommandons, en particulier, que soit inscrites dans le mandat l’action de cantonnement et de désarmement des groupes qui menacent et/ou attaquent la population civile, ainsi que celle d’évacuation des civils des zones rurales notoirement menacées et ciblées. 
  • Que soit mentionnée dans la Résolution elle-même l’obligation d’appliquer les mêmes règles d’engagement sur le terrain quel que soit le contingent national considéré ;
  • Que les règles pratiques d’engagement de la MINUSCA mettant en œuvre le mandat fixé par le Conseil de Sécurité soient élaborées par le Conseil lui-même ou validées par lui, qu’elles soient en stricte adéquation avec le mandat figurant dans la Résolution ; et que l’application de ces règles d’engagement soit régulièrement contrôlé par le Conseil ;
  • Qu’en cas de manquement aux règles d’engagement ainsi établies, des mesures rigoureuses soient prises à l’égard du contingent concerné, allant jusqu’à son retrait de la MINUSCA et de la République Centrafricaine ;
  • Que le Conseil de sécurité informe le peuple Centrafricain sur les raisons pour lesquelles : 1) l’embargo sur les armes en République Centrafricaine n’est pas levé à ce jour ; 2) le Conseil a opposé un refus à la livraison du reliquat des armes promis par la Russie et à une livraison d’armes par la Chine ; 3) les groupes armés continuent à acquérir des armes librement. Et que, dans le cadre de cette information, le Conseil de Sécurité rende publique les données relatives aux demandes de levée de l’embargo soumises par le Gouvernement Centrafricain ou par d’autres pays ; 
  • Que l’embargo sur les armes à destination de la République Centrafricaine soit levé immédiatement en prenant les mesures appropriées pour que les armes livrées soient exclusivement et rigoureusement, sous traçabilité, destinées aux FACAS, à la protection du territoire et à la protection des populations.

Telles sont, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Éminents Représentants des États membres du Conseil de Sécurité, les informations, les appréciations et les demandes que nous, citoyens centrafricains réunis sur la plateforme dénommée « Citoyens Debout et Solidaires – Centrafrique (CDS-CA) », croyons devoir porter à votre attention, pour décisions urgentes à prendre.

Dans l’attente de ces décisions et de votre réponse, nous vous prions de croire, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Éminents Représentants, en l’assurance de notre très haute considération.

Pour le collectif « Citoyens Debout et Solidaires – Centrafrique (CDS-CA) »

Le Président de CDS-CA 

Jean-François AKANDJI-KOMBE

cdsca236@gmail.com

LETTRE AUX AUTORITÉS CENTRAFRICAINES (21.12.2018)

Citoyens Debout et Solidaires – Centrafrique 

À l’attention de 

Son Excellence Monsieur le Président de la République Centrafricaine, M. Faustin Archange TOUADÉRA

Très Honorable Président de l’Assemblée Nationale, El Hadj Moussa NGON BABA,

Son Excellence Monsieur le Premier Ministre, Mathieu Simplice SARANDJI. 

Le 21 décembre 2018

Objet : Protection de la population civile sur toute l’étendue du territoire de la République Centrafricaine.

Excellence, Monsieur le Président de la République Centrafricaine, Chef de l’Etat, Chef des Armées et Premier Magistrat de Centrafrique,

Très Honorable Président de l’Assemblée Nationale, 

Excellence, Monsieur le Premier Ministre, 

Chaque vie centrafricaine est précieuse quels que soient le lieu, la condition, la fortune ; et chaque citoyen a un droit légitime à réclamer, de ceux qui administrent la nation, sa protection et celle de chacun, ainsi qu’une égale protection pour tous.

C’est pourquoi nous, citoyens centrafricains réunis dans la plateforme « Citoyens Debout et solidaires – Centrafrique » (CDS-CA), vous saisissons, en vos qualités de plus Hautes Autorités de l’Etat centrafricain, sur le sort des populations civiles que vous avez le devoir et la responsabilité de protéger.

Cette responsabilité, vous avez accepté de l’assumer en briguant le suffrage des Centrafricains ou en acceptant votre nomination aux fonctions de Premier Ministre. 

Cette responsabilité, vous vous êtes engagés devant le peuple à l’assumer. 

Président de la République, vous avez « devant Dieu et devant la Nation », fait le serment, notamment, « d’observer scrupuleusement la Constitution, de garantir l’indépendance et la pérennité de la République, de sauvegarder l’intégrité du territoire, de préserver la paix, de consolider l’unité nationale, d’assurer l’unité du peuple centrafricain, et de n’être guidé en tout que par l’intérêt national et la dignité du peuple centrafricain ».Précisant ce qu’impliquait, à vos yeux, ce serment voulu par notre Constitution du 30 mars 2016, vous avez pris, à votre entrée en fonction, l’engagement suivant : « La priorité des priorités à la sortie de ces élections est la sécurité durable et la défense du territoire national. La sécurité est une exigence républicaine, c’est la première des libertés. J’y répondrai avec fermeté. Tout sera mis en œuvre pour que les Centrafricains vivent en paix et en sécurité sur l’ensemble du territoire national » (Discours d’investiture, 31 mars 2016).  

Premier Ministre, vous avez, à la formation de votre premier Gouvernement, déclaré que « le rétablissement de la sécurité, l’instauration de la paix et la cohésion sociale sur l’ensemble du territoire constituaient un impératif et la priorité des priorités »et vous vous êtes, en conséquence, engagé à « réduire sans condition l’insécurité »(Discours de politique générale devant l’Assemblée Nationale, 7 juin 2016).

Président de l’Assemblée Nationale, vous êtes comptable de ce que la collectivité des Députés, dès son installation, a déclaré la sécurité du peuple centrafricain préoccupation majeure de la Représentation Nationale après le retour à l’ordre constitutionnel et a résolu de contribuer, par le plein exercice de ses pouvoirs constitutionnels, « à la stabilité des nouvelles institutions républicaines, à la restauration de la sécurité, de la paix durable et à la cohésion sociale »(Recommandations de l’Assemblée Nationale du 1erjuillet 2016 à l’issue de la Session extraordinaire, dite Session d’urgence nationale, consacrée à la sécurité). 

Cette responsabilité quant à la sécurité du peuple centrafricain, elle est, vous le savez bien, la vôtre avant tout, la Communauté internationale, à travers notamment la MINUSCA, n’ayant vocation qu’à appuyer vos efforts en étant guidée par vos orientations.

Nous n’ignorons pas que vous, Président de la République, avec le concours du Premier Ministre et du Gouvernement, avez mis en œuvre un certain nombre de mesures visant à rendre effectif le désarmement, ainsi que la restauration des forces de sécurité et de défense nationale, tels que les programmes DDRR, RSS et RN. Nous n’ignorons pas non plus les efforts que vous faites pour une sortie de crise par le dialogue. Enfin, nous sommes conscients des contraintes que vous impose l’embargo sur les armes à destination de notre pays, décidé et maintenu jusqu’à présent par le Conseil de sécurité de l’ONU, raison pour laquelle nous avons précédemment adressé au Conseil de Sécurité de l’ONU une lettre d’interpellation lui demandant de prendre toutes ses responsabilités quant à la protection de la population civile sur le territoire de notre pays. 

Dans ce contexte, nous relevons néanmoins, avec satisfaction et en tant que résultats positifs, la formation d’ores et déjà de plusieurs milliers d’éléments des FACA et des FSI, prêts à être déployés ; les livraisons d’armes, par la Russie et la France notamment, qui viennent ajouter à l’arsenal hérité de la Transition ; les dotations en véhicules et autres matériels militaires par la France (Sangaris), par la Russie, par la Chine et par les Etats-Unis d’Amérique ; l’adoption d’une loi de programmation militaire pour la période 2019-2023.

Pour autant, un constat s’impose : l’insécurité est plus que jamais la réalité première des Centrafricains, avec son cortège d’ignobles massacres et de razzias, de personnes et de familles déracinées, forcées d’errer dans nos brousses et forêts comme des bêtes ou de chercher refuge à l’étranger. 

Entre fin mars 2016 et aujourd’hui, les groupes armés, forces négatives et criminelles, se sont multipliés, passant de quatorze (14) à dix-huit (18), en même temps que les zones sous leur emprise se sont étendues, passant d’environ 60% du territoire national à plus de 80%.

Au 31 mars 2016, nous comptions nos morts par centaines, les victimes du conflit par milliers, 481.559 Centrafricains réfugiés dans les pays voisins et 421.283 déplacés internes. Aujourd’hui, nous continuons de compter nos morts par centaines, les victimes par millions, 576.884 Centrafricains réfugiés dans les pays voisins et 636.489 déplacés internes.[1]

Ces derniers mois les attaques des groupes armés contre la population civile, notamment à Batangafo, à Alindao, à Bambari, à Kongbo, à Gbambia, à Koui, pour ne citer que ces villes, se sont soldées par plusieurs centaines de personnes tuées, des dizaines de milliers de personnes déplacées, et plus d’une dizaine de sites et de villages pillés et rasés, le plus souvent par le feu.

Bref, la situation qui prévalait au moment du rétablissement de l’ordre constitutionnel en 2016 s’est considérablement et négativement dégradée, au vu et au su de tous et sans émouvoir personne.

Plus encore, la population de nos provinces est abandonnée à elle-même, à la merci des forces négatives et criminelles, dont des bandes de mercenaires étrangers, comme l’ont montré les derniers évènements qu’a connu notre pays. 

Le scénario macabre est à chaque fois sensiblement le même : un groupe armé annonce ses objectifs plusieurs jours, voire plusieurs semaines à l’avance, ou effectue des préparatifs militaires de renforcement de ses capacités sur la zone qu’il envisage d’attaquer, dont par exemple l’acheminement de renforts à travers le pays, et ceci sans qu’aucune mesure de dissuasion ne soit prise par vous à travers les forces dont vous disposez et dont vous avez le commandement (alerte précoce, patrouilles robustes). Le jour choisi par le groupe armé, l’attaque est menée, avec pour cible principale un site de personnes déplacées, généralement installé par et auprès des missions catholiques ou évangéliques, et dont on sait qu’il héberge des populations chassées de leurs domiciles et de leurs terres par des attaques précédentes, populations civiles démunies de tout et en situation de précarité absolue ; des attaques qui, à chaque fois, sont d’une violence et d’une bestialité sans pareille : sites brulés et pillés, personnes de tous âges abattues, égorgées ou brulées vives, des rescapés traumatisés errant dans les brousses et forêts, exposés aux dangers que peut représenter la nature pour des individus déjà particulièrement vulnérables. 

Ni avant, ni au moment de ces attaques, les FACA ou les Forces de sécurité intérieure (FSI) ne sont déployées ou n’interviennent sur le terrain. A cela s’ajoute le fait qu’aucune autorité nationale n’est jamais dépêchée sur les lieux en temps utile après les attaques et qu’aucune action nationale sérieuse de secours aux populations ainsi frappées par le malheur n’est entreprise. 

Parallèlement à cela, nous observons avec une vive préoccupation qu’en même temps que des poursuites sont engagées contre des responsables Anti-Balaka pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité pour des faits antérieurs au retour à l’ordre constitutionnel, le gouvernement affiche ostensiblement, par les insistantes pressions en faveur du processus de Khartoum et par l’accélération précipitée du processus de DDRR, sa volonté de dialogue et de collaboration avec les groupes de la Séléka qui, pourtant, sont ceux qui continuent à agresser et à massacrer nos paisibles concitoyens.

La situation ainsi décrite est celle d’une population privée, dans sa très grande majorité et dans une même mesure de la protection que lui doit l’Etat et de la compassion des autorités qu’elle a choisies pour conduire sa destinée, c’est-à-dire pour la sortir de la crise et l’engager sur la voie du progrès économique et social. Elle traduit aussi un manquement sérieux et manifeste à l’article 1erde notre Constitution du 30 mars 2016 qui, proclamant que « la personne humaine est sacrée et inviolable »,énonce que « tous les agents de la puissance publique ont l’obligation absolue de la respecter et de la protéger ».

Nous considérons que cette situation est dangereuse. En effet, elle est de nature à entraîner une perte de confiance dans nos institutions publiques, à créer la désespérance et à faire naître chez nos concitoyens la tentation de l’autoprotection, tous réflexes qui ne peuvent qu’entraver le nécessaire rétablissement de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue des 623.000 km2 du territoire de la République Centrafricaine. 

C’est pourquoi, par la présente lettre, nous vous appelons, Monsieur le Président de la République, Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale et Monsieur le Premier Ministre, usant de tous les pouvoirs que vous confère la Constitution et agissant solidairement, à prendre de manière urgente et déterminée les mesures qui s’imposent ; des mesures qui visent, d’une part, à informer la Nation des éléments concrets de votre politique de sécurité, aussi bien au plan intérieur qu’extérieur, et, d’autre part, à assurer concrètement la sécurité de la population là où des menaces se présentent et où des attaques sont perpétrées. 

C’est dans cet esprit que nous, citoyens centrafricains réunis dans la plateforme dénommée « Citoyens Debout et Solidaires – Centrafrique (CDS-CA) », demandons à ce que soient prises les mesures suivantes, sans préjudice d’autres mesures que vous jugeriez utile d’adopter ou d’actions que vous estimeriez nécessaire d’entreprendre 

Informer la Nation, si nécessaire à travers ses Représentants et sans mettre en cause la confidentialité des données liées à la sécurité nationale, sur :

  • Les actions entreprises en vue de doter la RCA d’une capacité de défense propre, en ce compris les démarches auprès des partenaires du pays et du Conseil de sécurité, persuadés que nous sommes qu’un soutien franc, déterminé et réellement utile ne peut être espéré que de la part de citoyens convaincus par l’information, et non par la manipulation, de la détermination de leur Gouvernement ;  
  • Un état des lieux concret et quantifié de la répartition des groupes armés sur tout le territoire ;
  • Les mesures militaires concrètes et de sécurité prises lors des attaques qui ont été perpétrées jusqu’à présent, notamment et tout dernièrement à Alindao ou à Batangafo, qu’il s’agisse des mesures touchant au déploiement des FACA/FSI ou des demandes d’intervention de la MINUSCA ;
  • Des mesures prises pour faire la lumière et pour que justice passe sur les massacres évoqués précédemment ;

Prévenir les attaques contre la population civile,  

  • En mettant en place des dispositifs d’alerte précoce sur toute l’étendue du territoire ;
  • En déployant les FACA et les FSI d’ores et déjà formés dans les différentes Préfectures, priorité étant donnée à celles où le risque d’atteinte à la vie des personnes est le plus élevé ; 
  • En coordonnant rigoureusement l’action des FACA et de la MINUSCA ; 
  • En évacuant les populations civiles des zones à haut risque notoire ;
  • En coordonnant la protection des frontières nationales avec les Etats voisins.

  Protéger la population civile des attaques

Secourir les populations éprouvées,en mettant en place :

  • Un fonds d’aide d’urgence pour assister les populations des zones attaquées et subvenir aux besoins élémentaires des personnes déplacées ;
  • Tous autres dispositifs d’assistance humanitaire.

Organiser dans les meilleurs délais la sortie de crise :

  • En convoquant à bref délai, sur le territoire national, le dialogue de sortie de crise prévu sous l’égide de l’Union africaine, les forces politiques du pays et la société civile, en ce compris des représentants des victimes, étant compris parmi les parties audit dialogue ;
  • En s’attelant d’urgence au désarmement et la démobilisation des groupes armés ;
  • En opérationnalisant dans les meilleurs délais la Commission Justice, Vérité, Réconciliation et Réparation.

Adapter la gouvernance aux impératifs de la sécurité des Centrafricains,

  • En sortant le pouvoir de Bangui pour le déployer sur toute l’étendue du territoire ;
  • En mettant en œuvre concrètement le principe de responsabilité politique, qui implique que tout dirigeant qui a manqué gravement à son devoir de protection du peuple centrafricain soit démis de ses fonctions et que tout Gouvernement incapable d’assurer de manière efficace cette protection soit révoqué par le Chef de l’Etat ou censuré par l’Assemblée Nationale, le tout conformément à la Constitution et dans le respect de ses dispositions.

Nous, « Citoyens Debout et Solidaires – Centrafrique (CDS-CA) », considérons l’adoption de ces mesures comme nécessaire au rétablissement de la confiance des Centrafricains dans leurs autorités et dans leur gouvernance et, par conséquent, à l’amorce d’une marche véritable vers la paix, le développement de notre pays, la République Centrafricaine, et l’épanouissement du Peuple Centrafricain. .

Dans l’attente de votre réponse et des suites que vous voudrez bien donner à la présente lettre, et en espérant vivement que vous aurez à cœur de rendre concrètes les mesures ici préconisées, nous vous prions, Excellence Monsieur le Président de la République, Très Honorable Président de l’Assemblée Nationale, Excellence Monsieur le Premier ministre, d’agréer l’expression de notre très haute considération.

Pour Citoyens Debout et Solidaires – Centrafrique (CDS-CA)

Le Président, 

Jean-François AKANDJI-KOMBE

cdsca236@gmail.com


[1]Source UNHCR

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